11 JANVIER 2016
Dans un document interne de l’Armée de Terre, Ankara encourage explicitement l’usage des armes lors des opérations menées à grande échelle dans l’Est anatolien en garantissant l’impunité sur le plan judiciaire.
Un document découvert récemment démontre que l’Etat turc approuve les massacres de civils au Kurdistan turc. « Le fait pour le personnel militaire de s’abstenir de faire usage des armes par crainte de poursuites judiciaires peut avoir des conséquences très graves » peut-on lire ainsi sur un document émanant du commandement de l’Armée de Terre qui donne aux soldats des garanties de non-poursuite au cas où ils tueraient des civils.
Les consignes de l’Armée de Terre confirme ainsi une série d’indices illustrant la volonté délibérée d’Ankara de “nettoyer” ethniquement l’Est du pays. Il y a deux jours, le Maire AKP de la ville d’Adana, Huseyin Sozlu, déclarait notamment en public à l’attention des Kurdes de Turquie : « vous allez finir comme les Arméniens ». Une menace maintes fois formulées par les forces de polices turques dans plusieurs théâtre d’opération, également marqués par des scènes de lynchage menées conjointement par des groupes fascisants et des forces armée de l’Etat.
On se souvient également qu’en octobre dernier déjà, des scènes de terreur avaient été filmées dans la région. En outre, un corps avait été traîné derrière un véhicule de police (photo), tandis qu’à bord, les policiers lancent des injures au corps. On entend l’un d’eux féliciter son collègue pour avoir tué l’homme en question. Le cadavre est celui de Haci Lokman Birlik, le beau-frère de la députée HDP de Sirnak, Leyla Birlik. Ce dernier avait été tué vendredi dans un affrontement entre les terroristes du PKK et les forces de sécurité turques à Sirnak dans le sud de la Turquie.
Dans un communiqué publié le 6 janvier dernier, le Congrès National du Kurdistan dénonce le “génocide” perpétré contre la population kurdes de Turquie, reproduction du “génocide commis contre les Arméniens au début du 20ème siècle (1,5 millions de morts) et ceux de Dersim, Agiri et Kocgiri contre les Kurdes (des centaines de milliers de morts)”.
Dans cette “guerre totale” menée contre les Kurdes par l’Etat turc, la marine aurait également été mobilisée, indique le communiqué. “Au Kurdistan, [l’Etat] utilise toutes ses anciennes techniques de guerre sale. Des couvre-feux sont imposés depuis plusieurs semaines dans les villes de Cizre, Silopi et Sur. D’autres villes comme Nusaybin, Dargecit, Lice et Varto ont subi des couvre-feux par intervalles rapprochés. A ce jour, les forces de sécurité turques déployées dans ces villes ont tué 260 civils. La plupart de ces morts sont dues à des tirs d’artillerie ou des tirs de snipers de la police”.
“Les forces de sécurité turques visent en particulier les femmes et les enfants. En dernier lieu, trois militantes politiques kurdes ont été exécutées à Silopi, dans la province de Şırnak, au 23ème jour du Couvre-feu. Il s’agit de Sêvê DEMIR, membre de l’Assemblée du Parti Démocratique des Régions (DBP), de Pakize NAYIR, Coprésidente de l’Assemblée populaire de Silopi et de Fatma UYAR, activiste du Congrès des Femmes Libres (KJA).
Depuis les dernières élections, 20 Co-maires du DBP ont été jetés en prison. Plusieurs autres ont été destitués de leur mandat par décision du Ministre de l’intérieur. Parallèlement, l’AKP, le parti au pouvoir, a annoncé de nouvelles mesures : des administrateurs désignés par le gouvernement seront désormais chargés de remplacer les Maires destitués. Ainsi, des bureaucrates nommés par l’Etat viendront saper la volonté populaire.
Tandis que les mesures susmentionnées sont mises en œuvre à l’encontre des élus locaux kurdes, le Président turc Erdogan a un fois de plus manifesté son intolérance face aux critiques exprimées par les Coprésident du HDP, Selahattin DEMIRTAS et Figen YUKSEKDAG, en demandant aux Procureurs de la Républiques d’entamer des poursuites contre ces deux députés kurdes. Il a suffi qu’Erdogan déclare “ces gens doivent payer”, pour que la justice et la loi soient mises en action contre les Coprésidents du HDP et d’autres Députés de ce parti”.
Quant à la politique de déplacement forcé et transformation des villes en camps de concentration, “l’armée turque tente quotidiennement de déplacer par la force les habitants des villes de Cizre, Silopi et Sur en les menaçant de massacre. Rien que dans le quartier de Barbaros, à Cizre, quelque 7.000 personnes ont été forcées de quitter leurs maisons et transférées dans une salle de sport située dans un autre quartier, avant d’être invitées à quitter la ville. Les personnes qui ont refusé de quitter leurs maisons sont encerclées par l’armée turque qui les vise régulièrement par des tirs d’artillerie”.
Enfin, le Congrès National du Kurdistan appelle l’Etat turc à cesser “immédiatement les massacres au Kurdistan”, et demande à l’Union européenne de sortir de son silence.
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